Yvon Minvielle

Entretien avec Yvon Minvielle, co-réalisateur du film


Pourquoi faire un film aujourd’hui sur la biodynamie ?

C’est une histoire personnelle. Une histoire déjà longue, qui a commencé il y a près de 15  ans et qui traite de la redécouverte des pratiques viticoles sous leurs différentes formes. Je suis issu du monde viticole, lequel s’est fermé au début des années 1960. Je l’ai quitté, je l’ai oublié. Je n’y suis revenu que 30  ans plus tard et là, j’ai vu et observé des choses terribles qui contribuaient à la destruction des sols et des plantes au nom d’une chimie bienveillante. Tout le monde connaît cette histoire. Je me suis donc tourné avec ma compagne vers une autre viticulture. Nous avons tout d’abord opté pour la viticulture bio, puis nous avons choisi la viticulture en biodynamie car elle était la seule à poser des bases nouvelles d’une approche des pratiques viticoles. Cette biodynamie est porteuse d’une autre vision et philosophie de la nature qui fondent et justifient des manières d’intervenir sur la plante. La viticulture bio se contente trop souvent de remplacer les intrants chimiques par des intrants bio. C’est déjà beaucoup, mais à notre sens, c’est insuffisant.

C’est pour témoigner de ce parcours personnel que nous avons voulu faire ce film, mais pas uniquement. D'autres raisons nous ont accompagné dans cette décision. Tout d’abord, un contexte politique qui nous conduit à penser qu'il y aura bientôt un affrontement entre ce que l’on appelle la viticulture conventionnelle, la viticulture chimique, et la viticulture bio et en biodynamie. Cet affrontement se fera sous des formes très dures et violentes pour la simple raison que par leurs simples existences, la viticulture bio et en biodynamie « dénoncent » les pratiques de l’agriculture conventionnelle. Les pratiques de la biodynamie soulignent le désastre provoqué par les intrants sur les sols, sur les plantes, sur l’état sanitaire des grains de raisins et donc sur le vin. Bien entendu, tôt ou tard, cette opposition viendra au grand jour, fera débat et conduira à des révisions déchirantes de certaines pratiques. Il nous paraît donc important, dans ce contexte, d’être prêt à affronter le débat, d’avoir rassembler suffisamment de données pour argumenter bien sûr, mais aussi faire comprendre les tenants et les aboutissants du débat qui va s’ouvrir. D’une manière générale, je pense que c’est aux vignerons eux-mêmes, ce que nous sommes, de maîtriser leur argumentation, leur stratégie de communication, leur défense, tout ce qui peut les valoriser, etc. Il n’est pas souhaitable de laisser les « autres » parler à notre place de ce qui relève de notre pratique ordinaire de vigneron.

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